ROMAIN LECLAIRE

News Tech et Culture Numérique

Accrochez-vous à votre pinte, Steven Knight a encore frappé. Sa recette fétiche ? Prenez une période historique bien crasseuse, ajoutez une bonne dose de conflits familiaux dignes d'un soap opera, saupoudrez de violence virile et nappez le tout d'une bande-son rock anachronique. Vous obtenez Peaky Blinders et maintenant House of Guinness, sa cousine spirituelle qui sent bon le houblon.

Dès l'ouverture, le ton est donné. On zappe entre l'enterrement du grand manitou de la bière, Benjamin Guinness, et une manif de ligue de vertu qui hurle aux dangers de l'alcoolisme juste devant ses portes. C'est profond, vous comprenez. Juste avant, on nous prévient que tout ceci est une fiction inspirée d'histoires vraies. La fameuse clause de non-responsabilité pour pouvoir raconter absolument n'importe quoi. S'ensuit un montage épileptique du brassage de la bière, filmé comme un clip de metal industriel, avant l'arrivée de l'homme de main de la famille, le ténébreux Sean Rafferty. Quand on lui demande si la manifestation va dégénérer, il lâche la phrase qui résume toute la philosophie de la série:

« Le nom de la famille, c'est Guinness. Bien sûr qu'il y aura des putains de problèmes. »

Et voilà. Le décor est planté, le cerveau peut être mis en pause.

Le pitch est d'une originalité folle. Le patriarche meurt et ses quatre enfants se lancent dans une guerre de succession pour prendre le contrôle de l'empire. Imaginez la série Succession, mais avec plus de chapeaux melon et une odeur persistante de levure. D'un côté, nous avons Edward, le fils dévoué, le gentil garçon un peu mou du genou qui, oh surprise, fricote en secret avec une rebelle indépendantiste irlandaise. De l'autre, Arthur, le dandy flamboyant revenu de Londres, qui doit cacher son homosexualité pour ne pas ruiner sa carrière politique. Des secrets, des trahisons, des regards torves par-dessus des chopes, tous les ingrédients du parfait feuilleton du soir sont là, prêts à être consommés sans modération.

Il faut l'admettre, le spectacle est diablement efficace. Les acteurs s'en donnent à cœur joie, visiblement ravis de pouvoir froncer les sourcils, claquer des portes et prendre des poses viriles. C'est du Steven Knight pur jus, un terrain de jeu pour des performances musclées où la subtilité est laissée au vestiaire. Et ça se regarde tout seul. Les épisodes défilent, rythmés par des morceaux de rock irlandais qui nous rappellent que, même en 1868, on peut avoir un style d'enfer. C'est de l'Histoire pour les nuls pressés, un cours magistral sous Ritaline où l'on n'a pas le temps de s'ennuyer, ni de réfléchir.

House of Guinness » sur Netflix : La recette efficace de la nouvelle série  du créateur de « Peaky Blinders »

Et c'est bien là que le bât blesse. House of Guinness fait semblant de s'intéresser aux grandes questions. Le colonialisme britannique ? On en parle cinq minutes entre deux bagarres. L'exploitation de la classe ouvrière irlandaise ? Ah, ces braves gens, ils ont l'air si contents de brasser notre bière ! Le rôle d'une multinationale dans un pays sous occupation ? C'est compliqué, allez, un petit riff de guitare électrique et on passe à autre chose. La série effleure tous les sujets potentiellement explosifs avec la délicatesse d'un VRP qui ne veut surtout froisser personne. Elle nous montre la misère de Dublin, mais la filme avec une esthétique si léchée qu'on la croirait sortie d'un magazine de mode.

Ne nous y trompons pas, House of Guinness est le plus long, le plus cher et le plus stylé des spots publicitaires jamais créés. Chaque plan sur une pinte de stout est une déclaration d'amour. Un épisode entier est consacré à la création du logo de la harpe, et se termine par un plan quasi orgasmique sur l'emblème apparaissant sur le verre, juste avant le générique. C'est à peine déguisé. Pour être sûr que le prolo de 2025 comprenne bien l'enjeu, la série affiche même à l'écran la conversion en monnaie actuelle à chaque fois qu'une somme est mentionnée. Pédagogique, non ?

Au final, la série est à l'image de la multinationale qu'elle dépeint, une machine parfaitement huilée, séduisante, qui aplanit toutes les aspérités pour s'assurer que le produit final soit aussi lisse et consommable que possible. Bref, le message est simple, la bière est bonne, la marque est éternelle et les questions qui fâchent… eh bien, elles donnent mal à la tête. Reprenez donc une pinte.

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Le Qualcomm Snapdragon Summit a été, comme chaque année, un véritable tourbillon d'annonces et d'innovations. Mais cette fois-ci, au milieu des discussions sur les puces pour smartphones de nouvelle génération, une nouvelle a éclipsé presque tout le reste. Et étonnamment, elle ne concernait pas directement nos téléphones.

Depuis quelques jours, une rumeur persistante, alimentée par des déclarations de Rick Osterloh de Google et même du PDG de Qualcomm, prenait de l'ampleur. La fusion entre Android et ChromeOS serait bien réelle. Deux questions centrales restent malgré tout en suspens. Comment et quand ? La réponse est finalement venue de Sameer Samat, le directeur de l'écosystème Android, qui a mis fin au suspense sur scène.

“Ce sera quelque chose qui nous enthousiasme énormément pour l'année prochaine.”

Si le nom de Sameer Samat vous dit quelque chose, c'est normal. C'est ce même dirigeant de Google qui avait jeté un pavé dans la mare en juillet dernier en affirmant que ChromeOS et Android allaient se combiner en une seule plateforme, une déclaration qu'il avait ensuite dû nuancer. Mais cette fois, plus d'ambiguïté. Devant le parterre d'experts et de journalistes réunis au sommet de Qualcomm, il a offert une vision claire et sans équivoque de l'avenir des plateformes informatiques de la marque. Il a d'abord posé le contexte:

« Nous voulons évidemment que nos appareils fonctionnent ensemble de manière transparente. Vous avez différents appareils et vous voulez que votre IA fonctionne sur tous ces appareils, c'est le nouveau domaine vers lequel nous nous dirigeons. »

Il a ensuite détaillé la stratégie en abordant les deux systèmes d'exploitation:

« Si vous pensez au format ordinateur portable, nous avons ChromeOS depuis longtemps et nous sommes très attachés à cette plateforme. Elle a connu un grand succès et nous avons beaucoup appris grâce à elle. Nous avons aussi les tablettes Android qui connaissent un succès fou et deviennent de plus en plus des machines de productivité. L'opportunité que nous voyons est donc de savoir comment accélérer toutes les avancées en matière d'IA que nous réalisons sur Android et de les apporter au format ordinateur portable le plus rapidement possible. »

Puis, la phrase clé, celle qui dessine la feuille de route technique de Google pour les années à venir:

« Ce que nous faisons, c'est que nous reprenons l'expérience ChromeOS et nous reconstruisons sa base technologique sur celle d'Android. Cette combinaison est donc quelque chose qui nous enthousiasme énormément pour l'année prochaine, et nous y travaillons avec vous (Qualcomm) et d'autres. Nous sommes très impatients. »

Cette déclaration signifie la fin d'une période. Jusqu'à présent, pour faire simple, les Chromebooks utilisaient une astuce logicielle, un “conteneur”, pour faire tourner les applications Android. C'était fonctionnel, mais loin d'être parfait, avec des problèmes de performance et de compatibilité. Le projet dévoilé par Samat est d'une toute autre ampleur. Il ne s'agit plus de faire cohabiter deux mondes, mais de les fusionner en un seul. Imaginez l'interface utilisateur que nous connaissons et apprécions sur ChromeOS (sa simplicité, sa rapidité, sa sécurité basée sur le cloud) mais fonctionnant sur une fondation technique entièrement Android. C'est le meilleur des deux mondes. La légèreté et l'efficacité de l'expérience ChromeOS propulsées par la puissance, la flexibilité et l'immense écosystème d'applications Android.

La raison de cette manœuvre titanesque est double. Premièrement, comme l'a souligné Samat, il s'agit d'accélérer le déploiement de l'intelligence artificielle sur les ordinateurs portables. Android est le fer de lance de Google en matière d'IA. En unifiant les plateformes, chaque innovation sur cette technologie et développée pour les smartphones pourra être portée quasi instantanément sur les ordinateurs, créant une expérience cohérente et puissante. Deuxièmement, c'est la quête ultime d'un écosystème unifié où votre téléphone, votre tablette et votre ordinateur portable ne sont plus des îles isolées, mais des extensions les uns des autres, communiquant et collaborant de manière totalement fluide.

Ce n'est pas un hasard si cette annonce a été faite lors d'un événement Qualcomm. Le matériel nécessaire pour donner vie à cette nouvelle vision est déjà en cours de développement. Depuis des mois, nous suivons la piste des premiers Chromebooks équipés de la puce Snapdragon X Plus. Des appareils aux noms de code “Quenbi” et “Quartz” sont dans les cartons et s'annoncent comme les parfaits véhicules pour inaugurer ce système d'exploitation fusionné, alliant puissance et efficacité énergétique. Parallèlement, Google ne met pas tous ses œufs dans le même panier. Une nouvelle tablette Chromebook “Made by Google”, connue sous le nom de code “Sapphire” et propulsée par une puce MediaTek Kompanio Ultra, semble également être une candidate de choix pour devenir l'un des appareils phares de cette transition.

Depuis que les premières rumeurs de fusion ont émergé en novembre 2024, les spéculations allaient bon train. Nous avons désormais une chronologie claire et les grandes lignes d'une feuille de route technique. L'année 2026 s'annonce comme l'année la plus transformatrice que nous ayons jamais connue pour les plateformes informatiques de Google. C'est peut-être le début d'une nouvelle ère pour l'informatique personnelle, une ère où la frontière entre mobile et bureau s'efface pour de bon.

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La communauté des passionnés de systèmes d'exploitation mobiles alternatifs va être ravie. La fondation UBports vient de lever le voile sur Ubuntu Touch OTA-10, sa dernière création. Cette dixième version stable, bâtie sur le socle solide d'Ubuntu 20.04 LTS (Focal Fossa), se révèle être une véritable passerelle vers l'avenir, une étape qui prépare le terrain pour la transition la plus attendue de ces dernières années. Presque trois mois après la sortie d'OTA-9, cette nouvelle mouture apporte son lot de nouveautés, de corrections et, surtout, une promesse enthousiasmante pour tous les utilisateurs.

Commençons par l'introduction du nouvel outil de mise à niveau, baptisé “Ubuntu Touch upgrader”. Sa mission ? Préparer en douceur vos appareils pour le grand saut vers la future version Ubuntu Touch 24.04-1.0, qui sera basée sur la toute récente version Long Term Support d'Ubuntu, “Noble Numbat”. Pour comprendre l'ampleur de cette annonce, il faut se rappeler que la migration d'une base LTS à une autre est un chantier colossal pour un système d'exploitation mobile. Cela implique une mise à jour profonde de l'ensemble des bibliothèques logicielles, du noyau Linux, des pilotes et des couches de sécurité. En l’intégrant dès maintenant, la fondation UBports fait preuve d'une vision à long terme remarquable. Elle permet de s'assurer que lorsque la version basée sur 24.04 sera prête, la transition se fera de la manière la plus fluide et sécurisée possible. OTA-10 est donc la première pierre de cet édifice, un signe tangible que le projet avance à grands pas vers une modernisation en profondeur de sa plateforme.

Chaque mise à jour d'Ubuntu Touch est l'occasion d'élargir l'écosystème d'appareils compatibles, et OTA-10 ne fait pas exception. La grande nouveauté de cette version est l'ajout du support officiel pour le Rabbit R1. Cet appareil, qui a fait couler beaucoup d'encre lors de son annonce, est un compagnon de poche dopé à l'intelligence artificielle. Le voir rejoindre la famille des appareils supportés par Ubuntu Touch est une excellente nouvelle, démontrant la flexibilité et la capacité du système à s'adapter à de nouveaux formats matériels innovants.

Sur le plan logiciel, une autre avancée notable, bien que plus technique, est l'ajout d'un support préliminaire pour Nix. Pour les non-initiés, il s’agit d’un gestionnaire de paquets puissant qui permet de créer des environnements de développement parfaitement reproductibles et isolés. Son intégration, même à un stade expérimental, ouvre des perspectives fascinantes pour les développeurs et les utilisateurs avancés qui souhaitent bénéficier d'une gestion de logiciels plus robuste et prévisible sur leur appareil mobile.

Ubuntu Touch OTA-10

Pour continuer, OTA-10 est truffée d'améliorations techniques qui, bien que discrètes, contribuent à rendre l'expérience utilisateur plus stable et performante. Dans le domaine du multimédia, les développeurs ont affiné le calcul SetBitrate() dans l'encodeur H.264, ce qui se traduit par une meilleure gestion de la qualité et de la taille des fichiers vidéo enregistrés. De plus, la prise en charge des formats UHD (Ultra Haute Définition) a été ajoutée et les types de niveaux AVC ont été mis à jour, garantissant une meilleure compatibilité avec les contenus vidéo modernes.

La connectivité Bluetooth a également reçu une attention particulière. Un problème spécifique, où les appareils s'appairaient automatiquement et de manière non sollicitée avec les systèmes d'infodivertissement Nissan Connect, a été corrigé. C'est le genre de correction ciblée qui témoigne de l'écoute active de la communauté par les développeurs. Enfin, la stabilité du système a été renforcée grâce à l'amélioration des appels de screencast (capture d'écran vidéo) de Mir via l'utilisation d'un mutex, prévenant ainsi de potentiels conflits et plantages.

La mise à jour est en cours de déploiement progressif sur une liste impressionnante d'appareils. Si vous êtes déjà un utilisateur d'Ubuntu Touch sur le canal “Stable”, vous recevrez une notification de mise à jour directement sur votre appareil, via l'écran “Mises à jour” des Paramètres Système. Comme toujours, le déploiement se fait par vagues, donc pas de panique si la mise à jour n'apparaît pas immédiatement. Un peu de patience pourrait être nécessaire.

La liste des appareils concernés:

  • Asus Zenfone Max Pro M1
  • F(x)tec Pro1 X
  • Fairphone 3, 3+ et 4
  • Google Pixel 3a et 3a XL
  • JingPad A1
  • Lenovo Tab M10 HD 2nd Gen (WiFi / LTE)
  • OnePlus 5, 5T, 6, et 6T
  • OnePlus Nord N10 5G et N100
  • Rabbit R1
  • Sony Xperia X
  • Toute la gamme Vollaphone (Vollaphone, X, 22, X23, Quintus, et Volla Tablet)
  • Xiaomi Poco M2 Pro, X3 NFC / X3
  • Xiaomi Redmi 9 et 9 Prime
  • Xiaomi Redmi Note 9, 9 Pro/Pro Max/9S

Ubuntu Touch OTA-10 est une version charnière, une déclaration d'intention qui solidifie les fondations actuelles tout en construisant un pont solide vers un avenir prometteur basé sur Ubuntu 24.04 LTS. Entre le support de nouveaux matériels, l'intégration d'outils d'avenir et les nombreuses améliorations de stabilité, UBports prouve une fois de plus son engagement à offrir une alternative mobile libre et respectueuse de la vie privée.

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L'intelligence artificielle affecte depuis plusieurs mois la création musicale. Des outils comme Suno ou Udio permettent à quiconque, en quelques clics et une simple description textuelle, de produire des morceaux de musique d'une qualité tout à fait acceptable. Une révolution créative pour certains, un véritable tsunami de contenu pour les plateformes de streaming comme Spotify. Le géant suédois se retrouve aujourd'hui inondé de morceaux générés par IA, semant la confusion chez les auditeurs comme chez les artistes.

Face à cette lame de fond, il a décidé de réagir. L'entreprise a dévoilé une nouvelle politique visant à s'attaquer à trois problèmes principaux posés par l'IA, le contenu de mauvaise qualité et le spam, l'usurpation d'identité vocale et le manque de transparence sur l'utilisation de ces nouvelles technologies. L'objectif, tel que l'a résumé Charlie Hellman, responsable mondial des produits musicaux chez Spotify, est de protéger les artistes authentiques. Pour autant, la plateforme ne ferme pas la porte à l'IA, affirmant vouloir laisser les artistes l'utiliser comme un outil créatif.

Le premier pilier de cette nouvelle stratégie est la transparence. En collaboration avec l'organisation de normalisation musicale DDEX, Spotify travaille à l'élaboration d'un nouveau standard de métadonnées. L'idée est simple, divulguer de manière claire et précise si l'IA a été utilisée dans la création d'un morceau. Cela pourrait concerner la génération de voix ou d'instruments, mais aussi l'assistance au mixage ou au mastering.

« Nous savons que l'utilisation de l'IA va couvrir un large spectre », explique Sam Duboff, responsable du marketing et des politiques chez Spotify. « Cette norme industrielle permettra des divulgations plus précises et nuancées, sans forcer les morceaux dans une fausse binarité où une chanson doit être catégoriquement “IA” ou “non IA” ».

Déjà, quinze maisons de disques et distributeurs de premier plan se sont engagés à adopter ce futur standard, bien qu'aucun calendrier précis n'ait encore été annoncé. Le deuxième front est celui de l'usurpation d'identité, un sujet particulièrement sensible. La politique de la plateforme est désormais explicite: l'utilisation de la voix d'un autre artiste, qu'elle soit réelle ou synthétique, sans sa permission est strictement interdite. Cela couvre les clones vocaux non autorisés par IA, les deepfakes et toute autre forme de réplique vocale ou d'usurpation d'identité. Cette mesure vise à protéger la signature vocale, l'un des atouts les plus précieux d'un artiste.

Enfin, pour endiguer le flot incessant de contenu de faible qualité, Spotify va déployer, au cours des prochaines semaines ou mois, un nouveau filtre anti-spam musical. Ce dernier ciblera les acteurs malveillants qui tentent d'exploiter le système. Parmi les tactiques visées, la mise en ligne massive de morceaux dépassant à peine les 30 secondes pour générer des écoutes rémunérées ou le téléchargement répété des mêmes pistes avec de légères variations de métadonnées pour tromper les algorithmes. L'ampleur du problème est colossale. Le service de streaming a révélé avoir supprimé 75 millions de morceaux considérés comme du spam au cours des 12 derniers mois. Il s'attaquera également aux “discordances de profil”, une fraude où un tiers télécharge de la musique sur le profil d'un artiste légitime.

Au cours de cette annonce, les dirigeants de Spotify ont également tenu à tordre le cou à une rumeur persistante. Non, la plateforme n'ajoute pas de musique générée par IA à ses propres playlists pour éviter de payer des redevances aux artistes. Sam Duboff a qualifié ces accusations de catégoriquement et absolument fausses, précisant que Spotify ne crée aucune musique, « avec ou sans IA » et que « 100 % du catalogue est créé, détenu et téléchargé par des tiers licenciés ». Concernant la présence de musique IA dans les playlists éditoriales, il a précisé que les curateurs se concentrent sur la musique qui résonne avec le public et que les morceaux qui semblent entièrement générés par des prompts montrent un très faible niveau d'engagement de la part des auditeurs. De son côté, le concurrent Deezer a récemment estimé qu'environ 18 % des morceaux téléchargés chaque jour sur sa plateforme, soit plus de 20 000 titres, sont désormais entièrement issus de l'IA.

En posant ces nouvelles règles, Spotify ne cherche pas à punir les créateurs qui explorent l'IA de manière responsable.

« Nous espérons que l'utilisation par les artistes d'outils de production IA leur permettra d'être plus créatifs que jamais », a conclu Charlie Hellman.

L'enjeu est de trouver un équilibre délicat: encourager l'innovation tout en protégeant l'écosystème contre les abus. La bataille pour définir les contours d'une cohabitation saine entre la créativité humaine et l'intelligence artificielle ne fait que commencer.

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Sortez les mouchoirs, préparez les bougies pour une veillée. Une tragédie se noue dans le monde merveilleux de la technologie. Notre bienfaiteur à tous, la société la plus altruiste de la Silicon Valley, Apple, est au bord du gouffre. Dans un cri du cœur, une lettre poignante adressée à la méchante Commission Européenne, la firme de Cupertino a laissé entendre que le pire pourrait arriver. Nous, pauvres Européens, pourrions être privés de certains de leurs produits et services. Le monde retient son souffle. La cause de ce drame shakespearien ? Une obscure et tyrannique loi appelée le Digital Markets Act (DMA).

Pour ceux qui auraient vécu dans une grotte ces trois dernières années, le DMA est cette tentative grossière de Bruxelles de mettre un peu d'ordre dans la jungle numérique. L'idée, aussi naïve que dangereuse, est d'empêcher les géants de la tech, les fameux “gatekeepers”, d'abuser de leur position dominante pour écraser toute concurrence. Une hérésie, vous en conviendrez. Comment ose-t-on s'attaquer à un modèle si parfait, si harmonieux ?

Car c'est bien là le cœur du problème. Apple, dans sa grande sagesse, nous explique que cette législation est une catastrophe. Non seulement elle dégrade “l'expérience utilisateur” (ce concept sacré que seul la marque à la pomme maîtrise), mais en plus, tenez-vous bien, elle nous expose à de terribles risques de sécurité. En forçant l'interopérabilité, l'Europe brise la pureté de l'écosystème Apple, ce jardin d'Éden numérique où tout fonctionne de manière si fluide et magique. Ouvrir les portes de ce paradis, c'est y laisser entrer le chaos, le désordre, et probablement des virus conçus par des concurrents jaloux.

La preuve de cette apocalypse annoncée ? La marque américaine a déjà dû prendre des décisions déchirantes. La traduction en direct via les AirPods ou la duplication de l'écran de l'iPhone sur un ordinateur portable, des innovations qui allaient changer nos vies à jamais, ont été retardées sur le sol européen. Pourquoi ? À cause de cette exigence absurde de compatibilité avec des produits qui n'ont pas la pomme sacrée gravée sur leur châssis. Imaginez le supplice, des écouteurs d'une autre marque pourraient fonctionner avec un iPhone ! Selon Apple, cela créerait un problème de confidentialité car des rivaux pourraient accéder aux données de nos conversations. Ah, la vie privée, ce bouclier rhétorique si pratique quand il s'agit de protéger sa forteresse dorée.

Et le pire est à venir. Cupertino nous prévient:

“La liste des fonctionnalités retardées dans l'UE va probablement s'allonger et l'expérience de nos utilisateurs dans la région sur nos produits sera encore plus à la traîne”.

Un chantage ? Non, une simple mise en garde bienveillante. Ils menacent même, à demi-mot, que si le DMA avait existé il y a dix ans, l'Apple Watch n'aurait peut-être jamais vu le jour chez nous. Frissons d'horreur. Pensez à toutes ces vies qui n'auraient pas été sauvées par le capteur de fréquence cardiaque ! Le comble de l'injustice, c'est que cette réglementation ne s'appliquerait pas à Samsung, le plus grand vendeur de smartphones en Europe. Pauvre Apple, cette petite start-up californienne de 3 000 milliards de dollars, victime d'une concurrence déloyale orchestrée par Bruxelles. C'en est presque touchant de vulnérabilité.

Et quand les arguments techniques ne suffisent plus, que reste-t-il ? La panique morale, bien sûr ! PENSEZ AUX ENFANTS ! Apple, dans un élan de vertu, nous alerte:

“À cause de l'ouverture forcée de l'écosystème, des applications pornographiques sont disponibles sur iPhone depuis d'autres places de marché. Des applications que nous n'avons jamais autorisées sur l'App Store en raison des risques qu'elles créent, en particulier pour les enfants.”

On appréciera cette soudaine pudeur de la part d'une entreprise dont les appareils permettent d'accéder à l'intégralité d'Internet. Le problème n'est évidemment pas la pornographie, mais les boutiques d'applications sur lesquelles Apple ne peut prélever sa dîme de 30 %. Ce combat titanesque a même attiré l'attention de Donald Trump, qui, dans sa finesse habituelle, a menacé de représailles les pays qui “attaquent nos incroyables entreprises technologiques américaines”. Quand on a ce genre de soutien, on sait qu'on est du bon côté de l'histoire.

La conclusion d'Apple est sans appel, le DMA doit être abrogé ou, au minimum, remplacé par une loi plus appropriée. Une loi qui, on le devine, reconnaîtrait qu'innover, c'est avant tout verrouiller les utilisateurs dans un écosystème fermé pour maximiser les profits. Le reste n'est que littérature. Alors, tremblons, Européens. Car si nous continuons à vouloir du choix, de la concurrence et de l'interopérabilité, Apple pourrait bien nous punir en nous laissant patauger dans notre médiocrité technologique, orphelins de ses futures merveilles. Merci, de vous soucier autant de nous. Votre combat pour un monde moins ouvert, moins interopérable mais plus rentable est une véritable source d'inspiration.

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Imaginez un intrus discret, installé confortablement au cœur de votre infrastructure informatique, observant, attendant et extrayant des données pendant des mois, voire plus d'un an, sans que personne ne s'en aperçoive. Ce scénario, digne d'un thriller d'espionnage, est aujourd'hui une réalité alarmante. Google vient de tirer la sonnette d'alarme. Une campagne de piratage sophistiquée, liée à la Chine, pourrait sommeiller dans les réseaux d'innombrables entreprises et les experts préviennent que nous n'en sommes qu'au début de sa découverte.

Hier, le Threat Intelligence Group de Google a publié un rapport qui a fait l'effet d'une bombe dans le monde de la cybersécurité. Les chercheurs y détaillent le suivi d'un logiciel malveillant de type “backdoor” (porte dérobée) baptisé BRICKSTORM. Ce dernier est un instrument de persistance. Il permet aux attaquants de maintenir un accès discret mais total aux systèmes de leurs victimes sur de très longues périodes. La durée moyenne de présence non détectée ? Un chiffre stupéfiant de 393 jours. Mandiant, la branche de conseil en cybersécurité de Google, est sur le pied de guerre et répond à ces intrusions depuis mars 2025.

L'art de l'invisibilité: une attaque qui contourne les défenses traditionnelles

La principale raison pour laquelle cette campagne est si redoutable réside dans sa méthode d'opération. Les pirates, regroupés sous l'identifiant UNC5221 par Google, ont compris que les entreprises concentraient leurs défenses sur les postes de travail et les serveurs classiques. C'est pourquoi nos ordinateurs portables et nos smartphones sont équipés de logiciels de détection et de réponse des terminaux (EDR) ou d'antivirus.

Mais que se passe-t-il avec les équipements qui forment la colonne vertébrale de nos réseaux ? UNC5221 a choisi de ne pas frapper à la porte d'entrée, mais de s'attaquer directement aux fondations de la maison. Ils déploient BRICKSTORM sur des systèmes où les solutions de sécurité traditionnelles ne peuvent tout simplement pas fonctionner. Leurs cibles de prédilection incluent les appareils réseau comme les routeurs et les pare-feux, les passerelles de sécurité des e-mails, mais surtout, les gestionnaires et les hôtes de machines virtuelles. Le rapport souligne une tendance constante. Les attaquants ciblent systématiquement les environnements VMware, en particulier les hôtes vCenter et ESXi. En compromettant ces hyperviseurs, qui gèrent des parcs entiers de serveurs virtuels, les pirates obtiennent un accès quasi divin sur l'ensemble de l'infrastructure d'une organisation, tout en restant sous le radar.

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Ils ne choisissent pas leurs victimes au hasard. Leurs cibles dessinent une carte stratégique claire. Les secteurs les plus touchés sont les services juridiques, les fournisseurs de logiciels en tant que service (SaaS), les sous-traitants de processus métier (BPO) et les entreprises technologiques. Chaque cible a une valeur unique.

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Les cabinets d'avocats sont visés pour obtenir des informations sensibles liées à la sécurité nationale américaine et au commerce international. Les fournisseurs SaaS et les BPO, quant à eux, ne sont pas des cibles finales, mais des tremplins. En les piratant, les attaquants obtiennent une porte d'entrée vers des centaines, voire des milliers de leurs clients en aval. C'est une attaque par la chaîne d'approvisionnement à grande échelle. Enfin, les entreprises technologiques sont une mine d'or pour le vol de propriété intellectuelle, notamment le code source. L'analyse de celui-ci peut non seulement servir à des fins de contrefaçon industrielle, mais aussi à identifier d'autres failles de sécurité, potentiellement des vulnérabilités de type “zero−day”. Une vulnérabilité “zero−day” est une faille inconnue des développeurs, ne leur laissant donc aucun timing pour la corriger avant qu'elle ne soit exploitée.

Une menace qui ne fait que commencer à se révéler

Si l'alerte est lancée aujourd'hui, ses répercussions se feront sentir pendant longtemps. Charles Carmakal, directeur de la technologie chez Mandiant Consulting, a prévenu que le public entendrait parler de cette menace pendant une période prolongée.

“À mesure que de plus en plus d'entreprises analyseront leurs systèmes, nous prévoyons d'entendre parler de cette campagne pendant les un à deux ans à venir”, a-t-il déclaré.

Pour aider les organisations à faire face, Mandiant a mis à disposition un scanner gratuit conçu pour rechercher les traces de BRICKSTORM. L'outil fonctionne en recherchant une combinaison de chaînes de caractères et de motifs hexadécimaux uniques à cette porte dérobée, a précisé Google. De nombreuses entreprises, en utilisant cet outil, vont découvrir des compromissions, qu'elles soient encore actives ou passées. Au cours des deux prochaines années, de nouvelles révélations émergeront à mesure que les victimes divulgueront les failles. BRICKSTORM est un rappel brutal que la cybersécurité ne se limite pas à la protection des ordinateurs que nous voyons. Les menaces les plus dangereuses sont souvent celles qui se cachent dans les infrastructures que nous tenons pour acquises. L'heure est à la vigilance et à la recherche proactive, car l'ennemi est peut-être déjà à l'intérieur.

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